Drizzt me laissera toujours perplexe parce que je l’ai connu ici même il y a environ 4 ans (je devrais farfouiller les logs pour trouver la date exacte, mais le simple fait que je ne tienne pas d’archives montre que j’ai une sainte horreur de retourner en arrière pour me relire). J’ai longtemps essayer de comprendre précisément ce qui l’a amené ici, alors qu’à l’époque il ne me connaissait même pas, mais c’est encore une sombre histoire de geeks, puisque nous appartenons tous deux à cette catégorie. Le fait est qu’il a commencé par lacher quelques commentaires ici, jusqu’à ce qu’on se rende compte au bout de quelques semaines qu’on travaillait ensemble (nos bureaux étaient distants d’environ 50 mètres). Il en fallait pas plus pour qu’on décide de déjeuner ensemble et qu’on commence cette terrible aventure qui nous anime encore aujourd’hui. C’était d’ailleurs un peu drôle que d’attendre qu’il se pointe au resto d’entreprise, voyant défiler des dizaines de collègues (et donc de Drizzt potentiels) en se demandant lequel pouvait être le bon (ou de quel boulet j’allais hériter ; mais j’ai été vite rassuré à ce niveau là).
Ce que je ne lui ai jamais raconté par contre, c’est que je l’avais déjà vu auparavant. Oui, certes, le resto d’entreprise était suffisamment grand pour que j’ai à un moment ou à un autre vu les (environ) 1700 collègues qui travaillaient autour de moi. Mais j’ai un vieux réflexe qui fait surface quand je me retrouve dans un endroit plein de gens inconnus : j’analyse les gens, et l’impression qu’ils dégagent ; et je fais mon tri fictif, en l’occurrence, les gens qui ont l’air bien et que je serai heureux de pouvoir côtoyer d’un coté, et la longue liste de connards dont je rêverai qu’ils soient tous remplacés par de charmantes jeunes filles de l’autre (ouais, c’est assez tranché comme avis, mais bon, j’ai pas prétendu être parfait). Et en l’occurrence, j’avais déjà croisé Drizzt un certain nombre de fois sans savoir qui c’était, et inconsciemment il était rangé dans la catégorie « lui il a l’air d’être cool ». C’est donc une fierté aujourd’hui de dire que je ne me suis pas trompé.
J’ai beaucoup de mal à définir Drizzt, parce que d’un coté j’ai envie de dire que c’est mon double maléfique, en totale opposition avec moi, et d’un autre coté j’ai envie de dire qu’on est beaucoup plus semblables qu’il ne veut bien le croire. A bien y réfléchir, je me dis que c’est en mode égocentrique qu’on est strictement identiques, mais que c’est sur nos relations sociales qu’on est doppelganger. Forcément, c’est un martégal, son éducation sudiste est en contradiction avec mon éducation germanique. Mais je ne me plains pas, c’est grâce à ça qu’il a toujours pu s’intégrer parfaitement avec ma famille d’abuseurs à chaque fois qu’il a été présent, et qu’on a fini par dévaler l’une des grandes artères de Strasbourg dans un caddie lancé à pleine vitesse à 2 heures du mat’ (et passablement ivres).
En dehors de ça, on est accros aux mêmes choses ; on lit les mêmes BD et on en parle pendant des heures autour d’une bière ; on joue aux mêmes jeux vidéo, ou pas loin, et on en parle pendant des heures autour d’une autre bière ; on trafique nos PC respectifs à coup d’OS bizarres, de compilations de kernel foireuses, de hardware incongru, et ça aussi on en parle pendant des heures autour d’une nouvelle bière ; on parle aussi de bière, de pastis, et de nos régions respectives, bien évidemment autour d’une dernière bière. En fait, non, la dernière bière on se la réserve pour le moment où on parle des gens et où en général on en dit du mal. Oui, on est un peu pochetrons. C’est pas ma faute si on a tant de sujets de conversation sur lesquels on ne manque jamais une occasion de s’engueuler.
Parce que oui, on passe une grande partie de notre temps à s’engueuler, voir à s’insulter, mais uniquement parce qu’on est tous les deux de vilains provocateurs et qu’on apprécie notre cynisme commun. C’est notre façon à nous de dire qu’on s’apprécie sans pour autant tomber dans le larmoyant ni le pathétique. Dude, you rock my world !
C’est beau l’amour, mais en entreprise, gaffe! ;) Pas de mamours à la machine à café, les collègues pourraient être jaloux.
Aucune chance, j’ai depuis déménagé mes bureaux à quelques kilomètres de Drizzt.
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