Dans le monde implacable du comics US, c’est compliqué d’arriver à faire une série qui tienne la longueur sans pour autant s’avérer chiante à mourir. Etrangement, c’est quelque chose de relativement simple avec le manga, et d’excessivement complexe avec la BD franco-belge. De prime abord, je dirai que c’est lié au rythme de publication.
Toujours est-il que soit on a des histoires très courtes (la tendance est à 6 numéros mensuel, ce qui fait un peu plus de 120 pages), soit des trucs interminables et honteusement répétitifs, genre Spider-man / Batman / Superman qui sont tous apparus il y a 50 à 70 ans et pour autant ont toujours pas dépassé la quarantaine, voir la trentaine ; et à qui on doit trouver un nouvel ennemi à combattre chaque mois (on n’imagine pas la collection que s’est cogné le pauvre Spider-Man, entre le Rhino, le Docteur Octopus, le Lézard, le Scarabée, le Puma, la Mangouste, et plein d’autres méchants en manque d’imagination pour leur noms).
Et étrangement, les meilleurs pour les séries durables et intéressantes, c’est les plus petites maisons d’éditions, qui ont moins de titres, mais souvent une sélection plus judicieuse.
Enter : Top Cow !
Top Cow est le nom de la maison d’édition, une subdivision d’un éditeur plus important (à savoir Image Comics). Top Cow a lancé plusieurs séries différentes, mais ils arrivent à régulièrement croiser leurs différentes lignes, ce qui fait qu’ils ont maintenant construit un univers cohérent où on retrouve à peu près tout ce qui a été créé. Mais globalement, l’univers Top Cow tourne autour de deux figures emblématiques.
Enter : The Darkness !
Le Darkness, déjà, c’est un nom qui claque bien. Oui, je me satisfait parfois de petites choses. Nan, surtout, le Darkness est une création de Marc Silverstri (qui est connu pour dessiner des bombasses) et de Garth Ennis (qu’on connaît surtout pour scénariser des histoires bien trash). Plus concrètement, le Darkness, c’est Jackie Estacado, un homme de main de la mafia italienne de New York, qui à son vingt et unième anniversaire (bien qu’il ait l’air d’avoir la trentaine consommée) se retrouve investit du pouvoir du Darkness, transmis par son père. Parlons de transmission, celle ci à lieu à la conception, et provoque la mort du porteur précédant. En clair, pour Jackie qui est un chaud lapin, ça devient complexe, puisqu’il peut mourir à chaque fois qu’il veut tirer sa crampe (et c’est là que se révèle l’intérêt d’avoir Silvestri au dessin, puisqu’il y a pas une seule fille moche dans l’univers Top Cow). Plus en détail, le Darkness, c’est un pouvoir qui ne se manifeste que dans l’obscurité, qui recouvre Jackie d’une armure protectrice et relativement malléable, et qui lui permet d’invoquer tout un tas de démons à l’humour ravageur.
Pour une fois, c’est bien vu de mettre un truand en tant que (anti-)héros principal. Il ne veut pas sauver le monde, il ne veut pas arrêter les braqueurs de banque, il ne veut pas être gentil… Il veut juste être un bon homme de main et faire son boulot d’exécuteur comme il le faut. A coté de ça, il est tout puissant tant qu’il pense avec son cerveau et pas avec sa bite. Ce qui tombe mal, puisque nombre de ses ennemis sont des femmes, et pas n’importe lesquelles.
Enter : l’Angelus !
Si le Darkness est transmis essentiellement de père en fils, son principal ennemi est l’Angelus, un pouvoir qui se transmet d’une femme à une autre (pas de lien de parenté) et qui lui, ne fonctionne efficacement qu’en pleine lumière, celle du jour de préférence. L’Angelus recouvre aussi son hôte d’une armure, propre à ce qu’on retrouve dans tout bon RPG, lui permet d’invoquer des créatures vaguement angéliques, et de balancer toute sorte de rayon d’énergie. L’Angelus et le Darkness sont deux entités opposées qui sont vouées à se détruire (ou plutôt à détruire leurs hôtes respectifs, puisque le concept d’Angelus et de Darkness sont éternels et liés à l’existence même du monde). Evidemment, l’Angelus est supposée représenter le bien là où le Darkness représente le mal. Ca ne l’empêche pas de se comporter comme une garce de première, et on a un peu de mal à prendre son parti (du moins au début). Mais Jackie a d’autres ennemies.
Enter : The Magdalena !
La Magdalena, comme son nom peut le laisser supposer, est la descendante de Jesus et de Marie-Madeleine. Elle est l’un des pires assassins de l’église catholique. Etre une bonne chrétienne ne l’empêche pourtant pas de se balader à moitié à poil quand elle chasse les enfants du démon, comme par exemple le Darkness (et donc Jackie). Elle a à sa disposition à peu près tous les moyens que peut lui fournir l’église, certaines de ses incarnations avaient quelques pouvoirs mystiques mais je n’en ai pas revu récemment (à part quelques rituels d’exorcisme), et est armée avant tout de la lance de Longin, plus tard renommée la lance du destin (j’y reviendrai).
Il y a d’autres filles à moitié à poil dans les histoires du Darkness, mais la principale reste une créature qui avait sa propre série avant même que le Darkness ne soit publié.
Enter : The Witchblade !
Dans la longue liste des abus du comics US, le Witchblade tient une bonne position. Le Witchblade est un artefact mystique représentée la plupart du temps comme un gant qui couvrirait de coude jusqu’au bout des doigts, et qui ne se laisse pas porter par tout le monde. Comme l’Angelus et le Darkness, le Witchblade choisis sont hôte. En l’occurrence, dès le premier numéro, il choisit Sara Pezzini. Il faut replacer les choses dans leur contexte pour comprendre l’abus : Une soirée mondaine, où un riche dignitaire expose le Witchblade et propose à ses invités de tenter de le porter (sans leur dire que s’ils ne sont pas choisis, ils y perdent un bras). Arrive une bombasse en tenue rouge vif ultra moulante ; je dirai bien vulgaire, mais la vérité serait de dire qu’elle est habillée comme une pute. C’est Sara Pezzini, qui en moins de deux sort un colt de dessous sa mini-jupe ultra-courte, fait un triple salto par dessus les gorilles (avec des talons aiguille de plus de 15 cm), et descend tous les vilains qui sont présents. Parce que oui, Sara est un flic ! Elle tire d’abord, elle pose des questions ensuite. Deux minutes plus tard, elle se retrouve devant le Witchblade à moitié mourante (oui, tout ça va très vite, mais je l’ai dit, c’est de l’abus), et évidemment, le Witchbladechoisit son hôte à ce moment là.
Encore une fois, le Witchblade va s’étendre pour protéger son hôte d’une armure… infaillible. Oui, de l’abus, je l’avais dit. C’est une des raisons qui ont fait que j’ai arrêté le comics pendant quelques années, parce que c’était du grand n’importe quoi juste pour montrer des filles dans des poses suggestives et avec trois fois rien sur le dos. Pas que ça me pose problème de voir des dessins de filles à moitié nues, mais on a du coup un peu de mal à prendre au sérieux le scénario, c’est à peine mieux que du tentacle-porn. Du moins c’était ma vision de l’époque. Après, je ne nie pas que le fan service était assurément un élément majeur de l’histoire, mais il n’en reste pas moins que les super-héros dans l’univers Top Cow sont quasi inexistants, et la plupart des intrigues restent mystiques, ce qui est assez rafraîchissant quand on sait que 95% du marché du comics est Super-hero-based.
Et puis bon, passé les 100, 120 premiers numéros, Witchblade a su évoluer. Non pas en changeant d’hôte (encore que…), mais en habillant son hôte actuel (et non sans classe grâce au talent incomparable Stjepan Sejic). Enfin les armures ont commencé à réellement protéger les différents hôtes (sauf le Darkness qui n’a jamais vraiment eu à craindre à ce niveau là). Parce que oui, le Witchblade et régulièrement en contact avec l’Angelus ou le Darkness. En fait, à mesure que l’histoire a avancé, on a finit par apprendre que le Witchblade est en fait l’enfant du Darkness et de l’Angelus (mais on est sur un plan très conceptuel là, puisqu’on parle d’enfant de deux artefacts), et qu’il sert de balance entre les deux. C’est un peu tiré par les cheveux, d’accord, mais au moins on rigole bien. Et puis c’est mystique, faut pas chercher à comprendre. Bref, suite à ça, il a commencé à y avoir de réels événements majeurs dans l’univers Top Cow, avec des mini-séries dédiées à l’Angelus, la Magdalena, etc. Sara Pezzini est tombée enceinte … de Jackie Estacado (ce qui fondamentalement est impossible, du moins pas sans tuer l’hôte du Darkness ; mais j’ai suivi ça de loin à l’époque) ; elle a donné naissance à une petite fille, Hope ; Jackie Estacado a fini en enfer, et en est ressorti ; le Witchblade a changé d’hôte pendant la grossesse de Sara, puis est revenu après la naissance de Hope ; laquelle naissance menace de faire pencher la balance entre le Darkness et l’Angelus ; lesquels ont décidé néanmoins d’une trêve et font se relayer leurs créatures pour assurer la sécurité de Hope ; beaucoup de personnages divers et variés, avec des pouvoirs étranges, ont commencé à faire leur apparition ; en particulier un stéréotype de petit chinois de cent cinquante ans au moins, avec de fines moustaches blanches jusqu’à par terre, qui tient une échoppe de bibelots mystiques, et qui parle par énigme… En particulier, et c’est là que ça commence à devenir vraiment intéressant, il parle des Treize.
Enter : The Artifacts !
On n’a pas arrêté de décrire le Darkness, l’Angelus et le Witchblade comme une trinité d’artefacts mystiques. mais pourquoi s’arrêter à trois ? Pourquoi ne pas faire une orgie d’artefacts ? Bon, treize, c’est pas vraiment une orgie, mais c’est un bon compromis entre dilution inutile et expansion superficielle. Qui plus est, le choix des artefacts (et de leurs hôtes) était bien ciblé :
(cette série là n’étant pas traduite en français, qui de toute façon ferait des traductions minables, j’ai gardé les nom anglais).
- The Witchblade : toujours porté par Sara Pezzini, mais plus habillée qu’à ses débuts, et prise d’un furieuse instinct maternel.
- The Darkness : toujours porté par Jackie Estacado, qui lui, en bon (ex-)mafieux qu’il est, place avant toute valeur la famille.
- The Angelus : vu que les porteuses de l’Angelus avaient une furieuse manie de se faire tuer par le Darkness, le nouvel hôte de l’Angelus est Danielle Baptiste, qui avait auparavant pris possession du Witchblade pendant la grossesse de Sara
- The Spear of Destiny : oui, la lance du destin, un bon moyen de recycler la Magdalena, en tout cas la dernière du nom (puisque le Darkness en a éliminé quelques unes aussi), qui au passage a décidé de ne plus obéir à l’église catholique (dans sa propre mini-série).
- The Rapture : Un pendentif qui ressemble à un crucifix où on aurait doublé la partie horizontale (je vois pas bien comment le décrire mieux), porté par Tom Judge, un nom bien choisi pour un prêtre au chômage, qui peut maintenant se transformer en monstre à la force décuplée et avec des trous lumineux plein la gueule, et qui peut accessoirement libérer certaines âmes des puits de l’enfer ; c’est lui qui a libéré Jackie Estacado de l’enfer, prenant par là même sa place. Il sort des enfers au début de la série, sans savoir comment ni pourquoi.
- The Glacier Stone : un pendentif serti d’une grosse pierre bleue, porté par Michael Finnegan, un irlandais, ex-associé de Jackie Estacado, qui en a hérité par hasard (grâce au petit vieillard chinois), et qui lui permet de se transformer en géant de glace (inspiré de la mythologie nordique) et de manipuler cette même glace dans une certaine mesure.
- The Ember Stone : un pendentif serti d’une grosse pierre rouge, porté par une garce du nom de Glorianna Silver, le stéréotype de la petite fille pourrie-gâtée, élevée dans l’opulence la plus totale, et qui croit une fois adulte que c’est son destin de porter ce caillou qui lui permet de se transformer en gigantesque dragon et de manipuler le feu dans une certaine mesure également. Evidemment, cet artefact a un passif non négligeable d’opposition aux porteurs de l’artefact précédent.
- The Pandora Box : la boîte de Pandore, évidemment, récupérée par Alina Enstrom, une mercenaire qui, comme souvent, est tombée dessus par hasard, et comme le veut la légende, qui l’a ouverte, en acquérant ainsi son pouvoir, qui n’est jamais clairement explicité. A noter cependant que selon la légende grecque, la seule chose qui restait dans la boite de Pandore, c’était l’Espoir (Hope, pour ceux qui n’auraient pas pensé à la traduction).
- The Blood Sword : un katana supposé héberger l’âme d’un démon, et qui réclame son prix en sang. Supposé posséder plus ou moins son porteur, ça ne s’est révélé pour l’instant pas grand chose de plus qu’un katana qui coupe bien. Porté par <spoilrz alert>Ian Nottingham, un garde du corps / assassin britannique qui a un long passif d’amour vache avec Sara Pezzini</spoilrz alert>, il n’a pas non plus révélé grand chose à son sujet.
- The Coin of Solomon : une piecette qui elle non plus n’a pas révélé grand chose à son sujet, surtout qu’on apprend que très tard qu’elle est portée par <spoilrz alert>Aphrodite IV, un cyborg ultra sophistiqué en forme de bombasse pas toujours très habillée, avec une intelligence artificielle hors du commun, et des capacités d’assassin (oui, c’est courant dans cet univers) tout autant développées.</spoilrz alert>
- The Wheel of Shadow : bien qu’il soit question d’ombre ici, c’est surtout la roue du temps, qui d’après sa description permet d’accélérer ou de ralentir le temps, bien qu’une fois encore, on en ait assez peu la démonstration. Cet artefact est porté, histoire de bien compliquer les choses, par Sabine, une des (ex-)guerrière de l’Angelus, qui pensait hériter elle-même du pouvoir de l’Angelus il y a un certain temps, et de dépit de n’avoir été élue, a cherché et trouvé cet artefact là.
- The Heart Stone : Une pierre précieuse en forme de … cœur, bien sur, qui augmente les capacités magiques de son porteur, et lui permet de « lire les auras » (oui, c’est vague, mais comme d’hab, TGCM !). Si au début de la série, on ne sait pas trop qui, du démon Mali ou de Abby Van Alestine le porte, on finit par apprendre que <spoilrz alert>chacun d’eux détient une moitié du cœur, qui finit par être rassemblé et récupéré par Abby.</spoilrz alert>
- The Thirteenth Artifact : L’artefact tellement secret qu’il n’a pas de nom, qu’il contient un mal indescriptible, à tel point qu’il est contenu par un moins tibétain, lui même surveillé par un monastère complet de moines tibétains. Et bien sur, un accident arrive, tous les moines meurent sauf le petit dernier, qui doit supporter le fardeau de cet ultime artefact, alors qu’il ne s’en croit pas du tout capable.
A noter quand même que la plupart de ces artefacts étaient déjà apparus dans l’univers Top Cow, soit par des mini-séries (The Heart Stone), soit dans les pages de Witchblade et du Darkness (The Glacier Stone, the Ember Stone, the Wheel of Shadows, the Blood Sword, the Rapture), voir dans des spin-off (The Pandora Box). Maintenant, quel intérêt de faire une série sur les treize artefacts ? Bah depuis un moment déjà, il était annoncé une prophétie indiquant que lorsque les treize artefacts seraient rassemblés, le sort du monde se déciderait. Et c’est ce qui s’est passé, littéralement ! Bon, ça se finit par un soft reboot de l’univers Top Cow (plus réaliste néanmoins que dans les histoires de super-héros), mais c’est bien amené, ça n’en a pas trop révélé (il suffit de voir ce qu’on sait de ces artefacts), et ça laisse toute une série d’intrigues pour ce qui vient.
Alors pourquoi est ce que je fais un article aussi long sur une série à laquelle je trouve à peu près autant de défauts que d’intérêts ? Bon, déjà, la plupart des reproches que j’avais à faire (scénario plus petit que le string des bimbos dessinées, par exemple) sont anciens, et les améliorations sont intéressantes. Qui plus est, pour une fois, les quelques rares héros, anti-héros, héroïnes et consorts se font appeler non pas par un nom de code (comme tout bon super-héros) mais par leurs prénoms. Enfin quelque chose de crédible ! Le fait de ne pas avoir trois super-héros au mètre carré aide aussi. J’aime également le fait qu’on ne palabre pas des heures sur l’origine des pouvoirs de chaque personne. Comme je disais avant, TGCM ! Et si on admet ça, ça donne une consistance intéressante à tout l’univers Top Cow. Et depuis un bon moment maintenant, les différentes histoires enrichissent vraiment l’univers créé par Marc Silvestri. Comme les personnages ne sont pas non plus démultipliés, ils sont explorés en profondeur, et tout tourne surtout sur leurs interactions. Ca pourrait être chiant si c’était toujours les mêmes personnes, mais régulièrement, de nouveaux sont introduits, d’anciens disparaissent (enfin un univers qui ne rechigne pas à tuer une fois pour toute des personnages majeurs). Et malgré quelques absurdités (Sara Pezzini, l’inspecteur de police qui officie en jeans taille basse et en top tank ; oui, on se refait pas), c’est devenu très addictif à lire.







Ping : The Nameless Shameless n°7 | Geeklog
Ping : The Nameless Shameless n°8 | Geeklog